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Ça a commencé comme une réponse dans le forum du MOOC Monter un MOOC de A à Z, et puis finalement ça déborde.

Je reprends donc ici ma réflexion sur la démocratisation de l'enseignement dans les MOOCs, suite à l'article de Mathieu Cisel Les MOOC, une révolution pédagogique ? et à la réaction d'une participante qui se demandait "si les moocs ne viennent, au final, que renforcer les écarts de classes, tels que les décrivaient Bourdieu lorsqu'il évoquait le fait que l'éducation n'avait pour seul but que de véhiculer les valeurs des classes dominantes..."

Cette question de la démocratisation est essentielle, car elle est (à mes yeux en tout cas) l'enjeu principal d'une "révolution" de la pédagogie. Cette notion amène deux questions :

1) Comment mieux former ceux que les systèmes scolaires/universitaires laissent sur le bord du chemin ?

Participer à un MOOC demande à un apprenant des compétences de haut niveau et des "moyens" importants (temps, autonomie/auto-discipline, compétences intellectuelles, motivation et confiance en soi, équipement informatique et connexion Internet...), moyens que ne possèdent pas (ou pas suffisamment), par définition, les laissés pour compte du système éducatif.

Indépendamment de la qualité du MOOC proposé, comment toucher quelqu'un qui ne sait même pas que les MOOCs existent ? Comment identifier la nature d'une erreur en mathématique chez un apprenant (et y remédier) via un QCM dans un xMOOC ? Comment ne pas perdre un apprenant qui n'a pas le profil type du bon élève connectiviste (motivé, sociable, confiant, maîtrisant les outils numériques, doté de bonnes stratégies d'apprentissage, autonome, à l'aise avec des flux d'information continus...) dans un cMOOC ?

Il n'y a pas grand risque je pense à affirmer que ceux qui tirent bénéfice des MOOCs sont essentiellement ceux qui "de toute façon apprennent", quelle que soit la qualité du prof ou du dispositif, de même que la gratuité (accessibilité) des musées attire en priorité ceux qui vont de toute façon au musée. Bref, majoritairement (même si pas uniquement) les bons élèves, ceux qui sont du bon côté de la fracture sociale.

En cela, comme le dit Christine Vaufrey, les MOOCs et plus généralement les dispositifs de formation numériques ne sont ni pires ni meilleurs que le système éducatif lui-même... Sauf quand ils captent des budgets (d'col, Kartable.fr, ENT, etc.) au détriment d'autres postes de dépenses (postes de profs, Rased, etc.) qu'on pourrait juger prioritaires. Mais c'est un autre sujet.

Pour en revenir aux MOOCs, leur démocratisation pourrait bien passer par le développement des relais intermédiaires capables de toucher ceux qui ne viendraient pas d'eux même s'inscrire à un MOOC, et de les accompagner dans leurs apprentissages : éducateurs, professeurs, formateurs de GRETA, de Pôle emploi, associations, etc. Bref, des gens/structures de terrain, en contact direct et régulier avec des publics difficilement atteignables depuis le back-office de son MOOC. Des formations mixtes donc, qui intègrent et reconnaissent le rôle de ces médiateurs/distributeurs/tuteurs...

C'est ce qu'a commencé à faire l'ESSEC ou le MOOC ITyPA, en développant des partenariats avec différentes organisations... Mais il reste des marges de progression pour systématiser cette démarche en France comme à l'étranger. Malgré un atelier consacré à cette thématique cet été lors des ateliers de l'Institut français par exemple, on ne peut pas dire que ce soit le branle-bas de combat dans le réseau.

2) Comment éviter que les MOOCS soient le cheval de Troie d'un nouvel impérialisme culturel (et économique) ?

Outre ce risque de renforcement de la domination de classe, la menace d'un néo-colonialisme Nord/Sud existe également, aiguisée par la volonté des producteurs de MOOCs d'exporter dans le monde entier (et ainsi rentabiliser) leurs cours en ligne. Je renvoie ici à un excellent billet d'Audrey Watters (en anglais :-/). Elle y rappelle que les dispositifs éducatifs numériques véhiculent l'idéologie de leurs concepteurs (libertarienne, dans le cadre de l'ed-tech américaine) et promeuvent leur propre infrastructure (plateformes, logiciels, terminaux...).

À cet égard, malgré (ou peut-être à cause) de son passé colonialiste, la France semble prête à jouer un rôle plus positif dans l'aide au développement d'une offre locale de MOOC en Afrique francophone. C'est en tout cas le sens dans lequel semble aller le partenariat entre le ministère de l'Enseignement supérieur et de la recherche (MESR) et l'Agence universitaire de la Francophonie (AUF).

Aide-moi à faire tout seul, qu'il s'agisse d'un MOOC ou de mon apprentissage :)